07.06.2008

APRES 21 JOURS LA SOCIETE CIVILE PREND LA RELEVE DES GREVISTES DE LA FAIM

Jan Tamas et Jan Bednar termineront leur 21e jour de grève de la faim le 2 juin à minuit. Des personnalités tchèques continueront leur bataille contre la Guerre des Etoiles à Prague par des jeûnes symboliques de 24 heures. Dans le reste de l'Europe comme en Australie et aux Etats Unis d'autres grévistes de la faim continuent leur action. Le porte-parole européen du Nouvel Humanisme, Giorgio Schultze a commencé hier à Milan et il est déterminé à obtenir une audience au Parlement Européen. La protestation continue dans les 30 villes qui ont répondu à l'appel du coeur de l'Europe.  

Voici la déclararion des deux Jan :

 «Merci à tous ceux qui depuis les derniers 21 jours nous ont soutenu pour leur solidarité, leurs apports et leur soutien moral. Nous espérons par cette action avoir satisfait tous ceux qui nous ont demandé d'arrêter notre grève de la faim. Ces trois dernières semaines ont été très pénibles mais elles nous ont apporté beaucoup de force et ce sera une expérience inoubliable pour nous deux.

Il y a 21 jours nous avons commencé cette grève de la faim parce que un petit groupe d'individus a décidé de conduire notre pays dans un dangereux projet de Guerre des Etoiles qui, bien que présenté comme un projet de défense uniquement est, en fait, selon des sources du gouvernement des Etats Unis, considéré comme un projet offensif. C'est la raison pour laquelle le Canada, en 2005 a refusé de participer à ce projet. Ce petit groupe d'individu est sur le point de signer un accord avec les USA qui signifie pour notre pays une nouvelle invasion par un armée étrangère. Tout cela se passe en dépit du désaccord des deux tiers de la population tchèque qui n'a eu aucune possibilité d'exprimer son opinion, ni par élection, ni par référendum.

Nous avons jeûné pendant 21 jours et cependant nous n'avons reçu aucun signal clair quant à l'organisation d'un referendum ou de quelconques négociations. Pas plus qu'aucune discussion démocratique, que nous avons pourtant demandée. Tout indique que même si nous avions continué notre grève de la faim, le gouvernement aurait continué de nous ignorer et l'aggravation de notre état de santé, voire notre mort n'aurait pas changé leur arrogance.

D'autre part, nous avons reçu de nombreux signaux de gens de notre pays et au-delà. Beaucoup parmi eux nous ont demandé de cesser notre grève de la faim et ont pris part à notre combat. Au plan international, par exemple, Dennis Kucinich, membre du Congrès Américain continue le combat, de même que Cynthia MacKinney candidate du Parti Vert aux Etats Unis. Ici, dans l'union européenne, nous avons rencontré à ce sujet Luisa Morgantini, vice-présidente du Parlement Européen jeudi dernier, qui nous a promis d'ouvrir un débat sur ce thème au Parlement Européen. Aujourd'hui, Giorgio Schultze, porte-parole européen du Nouvel Humanisme, qui commence une grève de la faim dans le but d'obtenir une position claire de l'Union européenne par rapport au plan des Etats Unis a pris notre relais en Europe. En dehors de ces soutiens, des grèves de la faim pour soutenir notre lutte sont en cours en Australie, aux Etats Unis, en Italie, en Espagne, en Allemagne et en Autriche.

Aujourd'hui à minuit nous allons suspendre notre grève de la faim, une chaîne de grévistes de la faim commencera dans notre pays à ce moment-là, avec de nombreuses personnalités couvrant un large spectre social pour un jeûne symbolique de 24 heures. Demain, Peter Uhl de Charter 77 et du Independent Movement Activist jeûnera pour nous. Dans les jours suivants le relais sera pris par, entre autres, le sociologue Jan Keller, l'artiste Anna Geislerova, le sénateur Akena Gajduskova, le membre del'Académie Tchèque de Sciences Petr Pokorny, la parlementaire Olga Subova, le journaliste Jacub Patocka, l'artiste Lemka Vlasakova, l'éditeur radio Jeronym Janicek et beaucoup d'autres. Dès maintenant nous savons que artistes, chanteurs, unionistes, dissidents, académiciens, politiques, scientifiques, écologistes et autres soutiennent la grève de la faim.

Chacun de vous qui êtes d'accord avec notre protestation peut aider à ce que nous allions plus loin et nous rejoindre le 22 juin pour une journée internationale de jeûne contre le Système de Guerre des Etoiles qui se prépare en République Tchèque. Cette protestation est la réaction à notre grève de la faim et c'est son relais au niveau mondial. Il est déjà clair que des gens de tous les continents vont y participer.

Par cette chaîne de gréves de la faim nous proposons la même chose que nous avons proposée au Ministre des Affaires Etrangères jeudi dernier : suspendre les négociations sur l'installation de radars pour un an.

Placer ou non une base radar en République Tchèque est une décision qui ne pourra être prise qu'à la suite d'une large consultation citoyenne et son approbation à la majorité. Au contraire, prendre une telle décision dans une atmosphère empoisonnée pleine de manque de confiance aurait une influence néfaste pour longtemps dans la société tchèque. L'espoir de paix et de démocratie réelle que nous avons envisagé après la Révolution de Velours serait à nouveau transformé en un sentiment de méfiance dans les institutions, un sentiment de détresse et d'abandon.

Une ambiance similaire règne en Europe où une grande partie de l'opinion pense que ce plan est en train de la diviser.

Ce projet a de nombreux opposants aux Etats Unis et même les membres du Congrès ont mis certaines conditions à son financement. Cela arrive au moment où le soutien au Président Bush est très faible tant aux Etats Unis que dans d'autres pays du monde. Pourquoi tant de précipitation alors ?

C'est pourquoi nous suggérons que les négociations soient suspendues pour un an, pour ouvrir une plus large discussion sur ce thème en République Tchèque, pour connaître la position de l'Union européenne sur ce projet et pour attendre la position de la nouvelle administration des Etats Unis.

Nous appelons tous les gens qui sont en désaccord avec ce projet à le montrer, à ne pas rester silencieux et à commencer à être actifs. Parce que la «démocratie» n'est pas juste un mot, ce n'est pas seulement le fait de mettre un bulletin de vote dans une urne tous les quatre ans. La démocratie c'est la participation active de chaque individu. «S'occuper chacun de notre propre affaire» ce n'est pas suffisant, il y a une nécessité à s'intéresser à ce qui se passe dans la société et à prendre part activement pour créer la société.

Nous remercions une fois encore tout le monde pour leur soutien, et nous pensons aussi à tous les journalistes pour l'attention et le respect dont ils ont fait preuve sur ce thème.»

Jan Tamas,
Jan Bednar,
Mouvement Humaniste Tchèque

23.04.2008

LE SYSTEME ANTIMISSILE DES ETATS-UNIS : TOTALEMENT INUTILE ET TRES DANGEREUX !

1. Qu’est-ce qu’un système antimissile ?

Un système antimissile a pour objectif de protéger un territoire ou des troupes opérant sur des théâtres extérieurs, en étant capable de stopper tout missile balistique (de courte, moyenne et longue portée) lancé par un adversaire. Nous détaillerons un peu plus tard le fait qu’un tel dispositif n’est pas uniquement défensif, mais s’inscrit comme une composante importante d’une stratégie offensive.

Un bouclier antimissile fait intervenir diverses fonctions :

·  L’alerte, obtenue grâce à la combinaison de moyens spatiaux, aériens et terrestres, capable de détecter le tir d’un missile.

·  La poursuite, consistant à prédire la trajectoire d’un missile lancé, y compris son point d’impact.

·  L’interception et l’anéantissement d’un missile lancé, pouvant être effectuées par des missiles transportant des véhicules conventionnels ou même nucléaires.

2 Historique

En 1983, Ronald Reagan lance l’Initiative de Défense Stratégique (IDS). Il s'agissait d'un projet pharaonique de réseau de satellites destiné à détecter et détruire des missiles balistiques lancés contre les Etats-Unis. L’Union soviétique était bien entendu visée par ce projet.

Au tout début des années 1990, après l’éclatement de l’Union soviétique, l’administration Bush entame, puis celle de Bill Clinton entérine l’abandon de l’IDS et oriente ensuite ses efforts vers le développement de programmes d’un système antimissile centrés sur la protection des forces en opération extérieure (Theater Missile Defense). En janvier 1999, Bill Clinton finit néanmoins par réactiver le projet de défense du territoire américain, sous le nom de National Missile Defense.

En 2001, Georges Bush décide d’accélérer le programme de défense antimissile (avec tout de même des ambitions et des moyens réduits par rapport à l’IDS), rebaptisé « Ballistic Missile Defense System » (BMDS). Dans ce but, Washington se retire unilatéralement, en été 2002, du traité « Anti Ballistic Missiles » (ABM). Ce traité prohibait toute défense antimissile couvrant respectivement la totalité des territoires russe et américain.

3 Etat actuel du système antimissile des Etats-Unis et évolutions

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La configuration actuelle du système antimissile des Etats-Unis est dans un état embryonnaire. Elle est constituée aujourd’hui de 24 intercepteurs antimissile, implantés en Alaska et en Californie, et de divers capteurs (radars, satellites …installés aux Etats-Unis, au Groenland et en Grande-Bretagne).

Une extension du bouclier antimissile des Etats-Unis est prévue en Europe centrale : un radar de détection en République tchèque et un site de dix missiles intercepteurs en Pologne. Le dispositif déployé en Europe central devrait être complété par un autre radar. Il sera installé sur un site encore indéterminé mais de toute façon proche de l’Iran (la Turquie, le Caucase ou la région de la mer caspienne sont évoqués). Ces installations pourraient être opérationnelles en 2013.

Le système, une fois achevé (54 missiles intercepteurs : 44 aux Etats-Unis et 10 en Europe), devrait être capable de stopper tout missile balistique dirigé contre les Etats-Unis, leurs alliés ainsi que les troupes américaines déployées sur des théâtres extérieurs.

4 Les véritables motivations des Etats-Unis

L’administration américaine justifie officiellement son système de défense antimissile pour se protéger contre la menace de missiles iraniens de longue portée. Pourtant, aujourd’hui, l’Iran ne dispose d’aucune capacité concrète en termes de missiles intercontinentaux. Pour atteindre la côte Est des Etats-Unis, l’Iran devrait se doter d’engins balistiques d’une portée d’au moins 10000 kilomètres, ce qui demande non seulement beaucoup de temps mais également une assistance étrangère. Enfin, même si l’Iran venait à posséder une telle capacité, s’en prendre aux Etats-Unis ou à l’un de ses alliés de l’OTAN serait totalement suicidaire, compte tenu des capacités de rétorsion de la part des Etats-Unis qui conduiraient à rayer immédiatement l’Iran de la carte du monde.

En réalité, le bouclier antimissile n’est qu’une composante et le prolongement d’une stratégie offensive et agressive globale visant le maintien et l’accentuation de la domination des Etats-Unis sur le reste du monde, notamment vis-à-vis de la Russie, « héritier » du vieil ennemi soviétique, et de la Chine, la première puissance économique mondiale en devenir.

Le système antimissile est présenté par les Etats-Unis comme non agressif et purement défensif. En vérité, il constitue un atout primordial et un avantage considérable sur ses adversaires potentiels en cas de conflit, en particulier en cas de volonté d’engager les hostilités. En effet, après avoir lancé une première frappe sur l’adversaire, les Etats-Unis activeraient son bouclier antimissile de manière à stopper une éventuelle salve de rétorsion. Par conséquent, les Etats-Unis ne seraient donc pas limités dans ses attaques et ses intentions hégémoniques par le risque de représailles qu’ils subiraient. L’existence d’un tel système antimissile est donc en rupture totale avec « l’équilibre » des forces, qui permet de « limiter » l’arme nucléaire dans un rôle de dissuasion.

Par ailleurs, la Nuclear Posture Review, révision périodique de la stratégie nucléaire des Etats-Unis, de 2001 présente explicitement le bouclier antimissile comme un support essentiel de projets offensifs :

·   Protéger les capacités de frappes offensives.

·  Soutenir les forces américaines dans le cadre de la projection de puissance.

·   Supporter une capacité de contre-attaque.

Le dispositif antimissile des Etats-Unis ne peut être compris que dans un contexte global, où sont précisées les autres décisions et actions de l’administration américaine dans le domaine militaire, notamment nucléaire.

Depuis quelques années, la doctrine nucléaire américaine a été modifiée fondamentalement. Elle vise désormais à développer des stratégies de plus en plus offensives et agressives, tournant le dos au concept de dissuasion, et à utiliser l’arme nucléaire directement sur des champs de bataille, y compris contre des Etats « non nucléaires ». Dès 1997, Les Etats-Unis ont élargi, par l’intermédiaire d’une directive signée par Bill Clinton, les options de l’utilisation des armes nucléaires contre des Etats dits « voyous ». La Nuclear Posture Review de 2001 désigne ouvertement la Corée du Nord, l’Irak, l’Iran, la Libye et la Syrie, voir la Russie et la Chine, comme des menaces, face auxquelles il sera éventuellement nécessaire d’avoir recours directement à l’arme nucléaire de manière préventive.

Cette stratégie opérationnelle a été accompagnée par la modernisation et le renouvellement de l’arsenal nucléaire américain, totalement adapté à des missions offensives (précision accrue, charges nucléaires réduites, mélange de charges conventionnelles et nucléaires, portées augmentées par des missiles basés à terre ou sur sous-marins).

A la lumière de ces éléments, il apparaît clairement que le bouclier antimissile n’est qu’une composante d’un dispositif offensif intégré, au service de la suprématie des Etats-Unis sur le reste du monde.

5 Les conséquences

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Le développement d’un système antimissile par les Etats-Unis aura et a d’ores et déjà des conséquences dramatiques. En incitant de nombreux Etats à s’armer davantage dans une course à l’armement, notamment balistique et nucléaire, sans fin, il réduira à néant tous les efforts engagés en matière de désarmement.

Ayant conscience de l’avantage indéniable pris par les Etats-Unis avec son bouclier antimissile, la Russie n’a pas tardé à réagir. Elle a tout d’abord bloqué tout progrès par rapport au Traité sur les forces conventionnels en Europe de 1990. Surtout, elle a laissé planer une éventuelle dénonciation du traité américano-soviétique INF de 1987 sur les missiles nucléaires de portée intermédiaire, provoquant de graves inquiétudes.

Concernant la course aux armements, des Etats vont se doter d’un maximum de missiles nucléaires continentaux afin de pouvoir « saturer » ou « contourner » le bouclier antimissile américain. La modernisation en cours des missiles balistiques intercontinentaux par la Russie est justement poursuivie avec comme objectif, ouvertement affiché, l’affolement du système antimissile américain. Par ailleurs, la Russie vise le doublement de ses dépenses militaires pour les huit années à venir.

Sans le faire de manière aussi théâtrale que la Russie, la Chine a lancé depuis quelques années un programme de modernisation de sa force nucléaire et de sa marine militaire.

La course aux armements va s’accélérer très rapidement sous l’effet d’un processus d’actions - réactions successives. Par exemple, la Russie devrait modifier le missile de courte portée, l’Iskander, de manière à cibler les sites, en République tchèque et en Pologne, devant accueillir le système antimissile américain (sa portée devrait passer de 280 à 500 Km). En réaction, le gouvernement polonais a revendiqué la mise à disposition du système Patriot, conçu pour stopper des vecteurs de courte portée. Il convient également de souligner que le bouclier antimissile américain est évolutif et multi – étages, ce qui signifie que le nombre de missiles intercepteurs pourra être augmenté ultérieurement sans aucune difficulté.

Monde sans guerres France, avril 2008.